À l'occasion de la dernière session des matinales, le cabinet GEIREC a mis à l'honneur les dirigeants d’entreprise et les travailleurs non-salariés sur la thématique « Entreprendre est-il bon pour la santé ? ».

Cet article est la suite de "Partie 1: Le récap de la matinale "Entreprendre est-il bon pour la santé ? " 

Cette conférence était animée par Olivier TORRES, normalien et professeur à l’Université de Montpellier. Il s’est depuis plusieurs années spécialisé dans l’étude des PME, et plus particulièrement la santé de ces dirigeants. Ce « PMiste », comme il se qualifie, est l’auteur de plusieurs livres sur ce thème, et est aussi le fondateur de l’observatoire Amarok.

 

Quels sont les facteurs à surveiller dans l’étude de la santé des dirigeants de PME ?

 

Pour la santé des dirigeants, on constate le même effet Gulliver : les mêmes phénomènes ne provoquent pas les mêmes effets dans les PME que dans les grands groupes. A ce jour, il n’existe pas d’épidémiologie de la santé des dirigeants de PME et il est difficile de caractériser les facteurs favorables ou défavorables en la matière.

Dans la situation d’une disparition brutale d’un dirigeant par exemple, les grands groupes ne sont généralement pas déstabilisés – « Too big to fail » - alors que si un dirigeant de PME disparaît de manière brutale, ou qu’un salarié démissionne, cela a des conséquences immédiates, pouvant aller jusqu'au dépôt de bilan. N'oublions pas que la santé du dirigeant est le premier capital immatériel de la PME.

Part 2 - Matinale - facteurs sur la santé des dirigeants

Alors quels sont les facteurs qui impactent la santé des dirigeants ?

●       Le stress

Le stress sur la durée est pathogène. Si un pic de stress peut être salutaire voire bénéfique, dès que la durée d’exposition est excessive, le stress devient dangereux.

●       L’incertitude du carnet de commandes

Des revenus gagés, un cautionnement bancaire incertain, la dépendance du carnet de commandes à de gros clients… voici quelques exemples de problématiques purement PMIstes qui ne concerneront pas les grands groupes…et qui ne sont pas non plus abordées dans les ouvrages spécialisés en stratégie d’entreprise…

●       La surcharge de travail

Les travailleurs indépendants et non-salariés se situent au-dessus des cadres d’un point de vue de la quantité d’heures de travail hebdomadaire : 55h/semaine en moyenne.

« Le travail c’est la santé » : c’est vrai, et vérifié ! Mais jusqu’à un certain point. Nous ne sommes pas égaux par rapport à ça mais il faut être à l’écoute de son corps, de sa fatigue.

Astuce : regardez votre agenda et votre charge de travail sur les 15 derniers jours, évaluez la fatigue générée par cette charge et prenez les mesures qui s’imposent. Ne vous oubliez pas, il faut savoir s’arrêter. Il y a souvent un déni des dirigeants sur leur santé.

●       La solitude

La solitude est un véritable facteur pathogène. Olivier TORRES nous incite d’ailleurs à lire la parution « Vaincre les solitudes du dirigeant », disponible au téléchargement sur le site de BPI France – Le Lab.

Cette étude révèle que 15,2% des dirigeants sont en risque d’épuisement !

Astuce : pour combattre la solitude du dirigeant d’entreprise qui admet souvent « j’ai le nez dans le guidon », Olivier TORRES conseille d’organiser des petits événements, deux fois par an, avec 4 ou 5 personnes de votre entourage à qui vous pourriez présenter votre stratégie. Mettre en place ces GAD (Groupe D’aide à la Décision) vous aidera à relever la tête, à vous sentir moins seul et à prendre de meilleures décisions pour vous et pour votre entreprise. On appelle ça le secondship : savoir s’entourer pour ne pas porter seul la responsabilité des choix.

 

Conclusion : « Vous devriez tomber comme des mouches ! » et pourtant …non !

 

C’est vrai, une fois que tout cela est dit, on se demande vraiment si entreprendre est bon pour la santé après tout !

Aaron Antonovsky, professeur de sociologie dit « Quand on parle de santé, on est toujours négatif ». Il fait ainsi référence à l’effet questionnaire : si je vous pose des questions négatives, je vous suggère que votre travail est pénible ! Donc il faut positiver !

Il est considéré comme le père fondateur de la salutogénèse, une approche se concentrant sur les facteurs favorisant la santé et le bien-être (physique, mental, social, etc.), plutôt que d'étudier les causes des maladies (pathogénèse). Source : Wikipédia.

Part 2 - Matinale - Entreprendre est bon pour la santé

Ces facteurs favorables sont les suivants :

●       Le locus de contrôle interne : le sentiment de maîtriser son destin

La victimisation constitue le premier frein à l’entreprenariat.

 

 ●       Le hardiness : l’endurance

Etre un peu entêté, c’est bon pour la santé. Le rebond, c’est bon pour la santé.

 

●       L’optimisme 

Les optimistes vivent mieux que les pessimistes. Il y a deux types de pessimistes : le pessimiste anxieux (qui intériorise et psychosomatise) et le pessimiste anxiogène qui vous irradie d’anxiété (vous savez, cette personne qui peut vous rendre mal en quelques questions et qui peut vous mettre le doute là où vous étiez pleins de certitudes !).

« Si tu n’as pas sourire n’ouvre pas boutique » - Proverbe chinois

 

Olivier TORRES nous invite à consulter plusieurs sites : APESA, ou Le portail du rebond pour connaître les bonnes pratiques et les interlocuteurs vers qui vous tourner en cas de difficultés.

« Vous cumulez tous les facteurs salutogènes pour réussir. On parle de salutogénèse entrepreneuriale car vous êtes en contrainte choisie (pas en contrainte subie) donc oui, entreprendre est bon pour la santé ! »

Une mise en garde néanmoins : les hauts sont très hauts, les bas peuvent être très bas. Et il faut avoir connaissance des filets de sécurité pour éviter de craquer lorsqu’on est dirigeant d’entreprise.

Olivier TORRES encourage tous les dirigeants à écrire leur histoire, à laisser des témoignages car sans connaissance, il n’y a pas de reconnaissance.

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